Bali beach boys // Brothers from an other mother

 

Vous les voyez beaucoup dans mes stories Instagram et pour cause, je suis pratiquement tout le temps avec eux. Eux, ce sont les locaux, les indonésiens. Si vous êtes déjà venu à Bali, vous les connaissez, ils font tellement partie du paysage. Ces mecs bronzés, en boardshort, avachis sur les tabourets de leur beach bar, en train de fumer, rire ou jouer de la guitare, qui vous alpaguent à coup de « Hi, darling! » pour vous louer un transat, vous donner un cours de surf ou bien vous vendre une Bintang à l’heure du sunset.

 

You see them all the time in my Instagram stories. They are well known here as « the Beach boys ». If you already came to Bali, you must have seen them. Tanned, wearing board shorts, chilling on the beach, smoking, joking and playing guitar. They always find a way to talk to you and make you smile, using their traditional « Hi darling! », either to sell you a Bintang or a surf lesson.

 

Leur assurance intimide, l’effet de groupe aussi, si bien qu’il y a trois ans, lors de mon premier voyage à Bali, mes seuls échanges avec eux s’étaient résumés à leur acheter des noix de coco sur la plage les après-midis brûlants de juillet. Pour moi, ils étaient là pour gagner de l’argent, j’étais une touriste blanche à Kuta, on n’avait rien en commun sinon une relation purement commerciale dans une station balnéaire d’Asie du sud-est.

 

Three years ago, when I first came to Bali, the only contact I had with them was buying coconuts at their beach bars on burning afternoons. In my mind, they were locals earning money with tourism, I was the typical white western girl traveling in Kuta, so we would never share something else than a touristic-commercial-based relationship.

 

Je suis revenue à Bali fin août à peu près dans le même état d’esprit. J’ai débarqué dans mon surf camp dans l’idée qu’il y avait d’un côté les « guests » et de l’autre le staff, et j’ai donc entrepris de nouer des relations uniquement avec les occidentaux. Et puis je suis tombée sur mon amie Anna, qui m’a tout de suite dit avec son franc parler légendaire « ok on s’emmerde avec eux, viens avec moi on va voir les mecs ». Nous avons donc fraîchement débarqué à la table des surfguides, occupés à s’échanger des blagues en bahasa, la clope au bec, le verre d’arak à la main, Wiz Khalifa en fond sonore sur l’enceinte JBL. Ils nous ont accueillies avec un grand sourire et invitées à se joindre à eux.

 

When I came back last summer, I was thinking the same. I joined a surf camp in Canggu considering there were guests on one side and surf guides on the other one. And then, I met Anna. She immediately told me « I’m getting bored here, come with me meet the guys ». That’s how we ended at the surf guides table, sharing Bintangs and glasses of Arak, jokes in bahasa, with the voice of Wiz Khalifa singing « young and wild and free ».

 

Justine, Rikki, Dhoni, Fauzy, Angga, Jovi, Rudi, Ivan, Renga, Gian, Witho, Jarot, Aditya, Kaliang… de nouveaux visages, de nouveaux sons, une nouvelle langue, de nouveaux sourires, de nouvelles blagues, des échanges dans un anglais approximatif, des fou-rires à la pelle, des sessions de surf quotidiennes, des centaines de Bintangs, des dizaines de paquets de cigarettes Sampoerna vidés, des heures à chanter Jason Mraz, Bob Marley ou Angus et Julia Stone au son des guitares au coucher du soleil, des kilos de riz avalés dans les Nasi Padang, des nuit à danser ensemble sous les spotlights du sandbar…

 

Justine, Rikki, Dhoni, Fauzy, Angga, Jovi, Rudi, Ivan, Renga, Gian, Witho, Jarot, Aditya, Kaliang… new faces, new language, new smiles, new jokes, crazy laughter, approximative-English chatting, daily surf sessions, a huge amount of Bintangs and Sampoerna, hours singing Jason Mraz, Bob Marley or Angus and Julia Stone while playing guitar at the sunset, kilos of Padang Food, so many nights dancing at the sandbar under the light of the moon and hearing the sound of the waves…

 

 

Avec eux, les rapports sont simples. Ils s’en fichent un peu de savoir ce que tu as fait avant et ce que tu vas faire après, ce qui compte c’est l’instant présent. A la question « where do you come from », ils répondent « I come from my mum ». Tu es leur « sister from an other mother », ils te disent au revoir à coup de « see you when I see you » et t’accueillent avec un « long time no see ». Ils jouent à fond leur rôle, torse nu, cheveux délavés par le soleil, sourire éclatant et un brin dragueur.

 

With them, everything is pretty simple. They don’t care about what you did before and what you are doing next. What matters is what happens now. When you ask them where they come from, they answer « I come from my mum ». You are their « sister from another mother », they welcome you with a « long time no see » and say goodbye with a « see you when I see you ». They do it « beach boy » style, barefoot, bare chest, bleached hair and bright smile.

 

Et puis, tu parles avec eux et tu découvres des garçons intelligents, curieux et sensibles, passionnés de surf et amoureux de l’océan, qui te racontent leur histoire et t’offrent leur amitié sur un plateau.

 

And then, you get to know them more deep. You find out they’re smart, curious, sensitive, brave, passionate about surfing and ocean lovers. They tell you their story et offer you their friendship right away.

 

 

Ils viennent pour la plupart de Sumatra, débarquent à Bali dans leur petite vingtaine pour gagner de l’argent, apprendre l’anglais et prendre de l’expérience avec l’espoir de pouvoir un jour monter leur propre business chez eux. Pendant la haute saison, ils ne s’en sortent pas trop mal et parviennent même envoyer des sous à leur famille. Pendant la basse saison, c’est une autre histoire. La pluie et les mauvaises conditions chassent les vacanciers, si bien qu’ils se retrouvent parfois dans des situations financières tendues. Ils dorment à trois ou quatre dans une chambre dont le loyer s’élève à 70 euros par mois ou parfois même dans les voitures des surfcamps. Payer le scooter et la nourriture, c’est encore une autre histoire. Chaque billet est compté. Et c’est difficile, car ils sont confrontés quotidiennement à une autre réalité, celle des « western people », qui ont de l’argent et qui consomment sans compter. Et cette réalité alliée à la folie de Bali leur monte parfois à la tête.

 

Most of them come from Sumatra and grew up in Muslim and traditional families. They come to Bali in their young twenties to earn money, learn how to speak English and get some experience of tourism, hoping they can open their own business back home when they get older. During high season, things work well for them. A lot of tourists come to them and they can offer surf guiding all day long. But when it comes to the rainy season, things get more difficult. They can spend days without working and the lack of money brings some pressure to paradise. They end up sleeping all together in a small room or in surf camp vans and money becomes their daily main concern.

 

 

Alors qu’ils sont pour la plupart issus de familles musulmanes, modestes et ancrées dans la tradition, Bali leur offre un quotidien de vacances et de fêtes en compagnie de touristes riches et de femmes jeunes, sexy et venues pour s’amuser. Forcément, à 22 ans, ils en profitent, même s’ils ont parfois déjà une petite-amie ou une femme à Sumatra… et ce phénomène leur donne mauvaise presse. En 2009, un documentaire appelé « Cowboys in Paradise » a été tourné autour de ces beach boys qui enchaînent les conquêtes occidentales, profitent de leur argent pour finalement leur briser le cœur. Et ce n’est pas une légende, il n’est pas rare de les voir avec des « western » girls différentes chaque semaine, de les entendre mentir alors qu’ils ont déjà quelqu’un ou dire qu’ils restent avec unetelle parce qu’elle les héberge ou leur donne de l’argent (même si bien évidemment certains couples mixtes, appelés « capuccino couples » fonctionnent aussi sur le long terme).

 

It’s even more frustrating that they spend their days with western people on holidays spending their money without counting. Girls are sexy, boys are wearing fancy brands. Everybody gets fucked up partying all night long. And when you are 22, it gets complicated to say no and to resist the vortex, event if some of them already have wives or girlfriends back home. That how they got a bad reputation. In 2009, a documentary called “Cowboys in Paradise” was made about these beach boys getting in relationships with western girls, taking advantage of their money before breaking their hearts. And it isn’t a legend, it happens all the time here. Some of them are dating different western girls every week, asking for money to pay their room, scooter or mobile phone (however, it’s not always about money, sometimes, they find true love and that’s what we call the “cappuccino couples”).

 

 

C’est de notoriété publique, et pourtant, ça marche systématiquement… certainement parce que les rapports amoureux sont compliqués chez nous. J’ai compris ici en voyant faire les beach boys que leur sincérité et leur simplicité en décontenancent plus d’une. Ils disent ce qu’ils pensent, sans filtre, si bien que si une fille leur plaît, ils vont lui faire savoir. Compliments, messages, attention constante… on est loin des non-dits, du manque de courage ou des inhibitions qui marquent les rapports hommes-femmes de notre génération chez nous. Ici, les hommes savent apprécier les femmes, leur parler, faire attentions aux petits détails, leur montrer qu’elles comptent – même si à la fin, ils peuvent vite passer à autre chose !

 

Even though they know how it works here, a lot of girls fall for the beach boys. And it’s pretty easy to explain it. Relationships are really complicated back home. In the western world, we are afraid about telling how we feel and we all already had our bunch of heartbreaks, dealing with too much “it’s complicated” kind of relationship status. The beach boys keep it simple. They know how to make you feel special. They always tell you how they feel, how kind and beautiful you are. They take care of you and pay attention to small details. They really know how to appreciate women – even if in the end, they can easily switch from one to an other.

 

Et c’est pareil en amitié. Ils sont entiers et quand ils apprécient quelqu’un, ils ne font pas semblant.

 

And it’s the same with friendship. If they like you, they don’t fake it and give you everything.

 

Bien sûr chez nous, on s’entraide. Pour un déménagement, un chagrin d’amour, un problème de santé… Pour autant, nous vivons tous de façon très individuelle et individualiste, et il faut souvent appeler à l’aide pour être entouré. Chacun son appartement, son job, son rythme… il est parfois difficile d’être vraiment là pour les autres. On aimerait en faire plus, et cela crée un sentiment de frustration mais aussi d’isolement, de solitude et forcément de tristesse. Ici, rien de tout ça. On vit les uns avec les autres et au moindre souci, on s’héberge, on vient se chercher, on se dépanne quelques billets…

 

Of course, we help each other back home, but not in the same way, as our lifestyle is based on individual goals and individualism. We live our lives, have our own apartment, our own carrier, our own busy daily life. If you need help, you often need to call for it. In Bali, things are really different. We get together everyday and support each other all the time.

 

Je suis vraiment frappée de voir parfois à quel point les indonésiens rendent service de façon totalement spontanée et gratuite, entre eux mais aussi avec les occidentaux.

 

I was really surprised about how Indonesian people offer help immediately without asking for nothing, whether they know you or not.

 

 

Alors certes, ils nous vident nos paquets de clopes et c’est souvent à nous de payer la tournée de Bintang ou de les dépanner de 5 euros pour payer le repas. Mais ils nous emmènent à l’aéroport, transportent nos planches au Ding Repair quand elles sont cassées, viennent nous chercher n’importe où si on en a besoin, se lèvent la nuit pour aller acheter de l’eau si on a soif, sont prêts à se serrer encore plus dans leur petite chambre pour partager un bout de matelas avec nous si on est trop loin pour rentrer et à manger un peu moins de riz si on débarque au moment du repas.

 

So, of course they ask for help when the lack of money gets impossible to handle, and we often pay for Bintangs or cigarettes. But on the other side, they drop us at the airport, bring our boards to Ding Repair, pick us up anywhere and anytime if needed, go out at night if we get hungry or thirsty, welcome us to sleep with them in their small room if we’re too far from home and share their meal with us with pleasure.

 

Aujourd’hui, on ne passe pas une journée sans eux. Quand on sort, on est toujours les deux blanches au milieu d’une dizaine d’indonésiens. Quand on va à la plage, on va au beach bar. Quand on a besoin de quelque chose, c’est eux qu’on appelle.

 

Today, we don’t spend a day without them, we always are the two western girls with a bunch of locals. When we go to the beach, we go to the beach bar. When we need something, we call them.

 

 

On les aime pour leurs rires francs et massifs, les échanges autour de nos différences de culture, les débats sur des sujets de société, leur curiosité spontanée, leur volonté de nous apprendre leur langue et nous faire découvrir leurs plats et leurs traditions, leurs petites blagues malicieuses, leur franc parler et ce sentiment d’avoir trouvé, ici à Bali, avec ces « brothers from another mother », une nouvelle famille.  

 

We love them like family. For their spontaneous and ridiculous jokes, their questions about our culture and language, the time they spend sharing their passion for the ocean with us, for the way they make us feel like home here. We love them like “brothers from another mother”.

 

« Listen to the music of the moment people dance and sing…

We are just one big family »

 

7 Comments

  • Laura

    13.11.2017 at 08:32 Répondre

    <3 BB GORENG FOR EVER !!

  • n a n a・b a n a n a

    13.11.2017 at 19:31 Répondre

    Merci pour ce post d’insider. Très touchant ❤︎ Et heureuse que tu trouves tout cela entre les (grosses) gouttes de pluies et les grains de sable !

    • Margaux

      14.11.2017 at 07:51 Répondre

      Merci ma Nana <3 !

  • Noémi

    14.11.2017 at 08:47 Répondre

    Ton article est hyper intéressant Margaux, et il entraîne une question : où sont donc les indonésiennes ?

    • Margaux

      14.11.2017 at 10:39 Répondre

      Merci Noémi ! Alors écoute la société est assez traditionnelle et patriarcale donc les indonésiennes sont généralement à la maison. En ce qui concerne ces beach boys, ils sont pour la plupart musulmans donc le poids des traditions est très fort. En plus de cela, les femmes indonésiennes sortent aussi très peu à la plage car leur standard de beauté est la peau blanche, si bien qu’on les voit toujours complètement couvertes, leggings, manches longues, voire gants alors qu’il fait plus de 30 degrés dehors. Ceci explique cela !

  • Marine

    15.11.2017 at 10:07 Répondre

    Hyper intéressant Margaux, merci pour le partage. Je fais le lien avec une expérience récente, et je dois dire qu’il est parfois difficile de se positionner en tant que « touriste blanche » également. On connait la situation, on sait ces choses, mais on ne sait pas toujours comment faire pour dépasser cette barrière et être vrais, tout en restant à sa place, à forciori sur de courtes durées. Mais je crois que de mon côté, la solution a été simple : ne pas trop réfléchir et vivre l’instant, sans promesse mais sans filtre. J’imagine que le fait de vivre sur place autorise une projection à plus long terme dans leur quotidien, et vice et versa.
    Bref, très intéressant.
    Et +1 pour le commentaire de Noémi ci dessus (et ta réponse ^^)

    Des bisous, prends soin de toi!

    • Margaux

      16.11.2017 at 01:54 Répondre

      Oui c’est clair ça fait se poser des questions sur la façon dont on voyage, dont on considère les locaux, etc. Après il y a des endroits hyper développés comme la Thaïlande ou le Maroc où franchement il est difficile de faire confiance tellement ça crève les yeux qu’on ne veut que ton argent – en tous cas dans les endroits très touristiques – et je m’y suis sentie assez mal. Dans d’autres endroits c’est beaucoup plus simple et les locaux recherchent aussi ce lien, ils s’intéressent à toi etc. et c’est vrai que Bali pour ça c’est un vrai bonheur ! Là le fait de vivre sur place forcément ça change tout, parce qu’on les voit tous les jours, ils sont partie du quotidien et du coup les liens se nouent sur du plus long terme en effet… ! Bisous à toi aussi et merci pour tes commentaires toujours très pertinents =)

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