BALI // Meet the spiritual world

Bali est magnétique et tous ceux qui y mettent les pieds le ressentent : l’île des dieux a ce petit quelque chose d’impalpable et d’inexplicable, qui tient presque au divin. Les prières, les cérémonies et les rituels y rythment les journées, et la spiritualité est partout, fondée sur des croyances issues de la religion hindouiste. J’avais envie de partager un peu de cela avec vous, mais aussi la façon dont cette énergie, de manière assez inexplicable, attire les âmes en quête de sens et de changement. La question étant, y trouvent-elles une réponse ? 

La recherche d’harmonie comme absolu 

Dans la culture balinaise, tout est fondé sur une opposition binaire entre deux mondes, le bien et le mal, et l’équilibre entre les deux est une quête perpétuelle. On retrouve cette opposition dans la notion de karma, fondamentale, qui repose sur la loi de l’équilibre éthique : le karma est la somme des bonnes et des mauvaises actions de chacun. Il est décisif au moment de la mort puisqu’il détermine si l’âme peut accéder au paradis, à l’enfer ou si elle est contrainte à passer un nouveau cycle sur terre par la réincarnation. Cela explique pourquoi les balinais mettent un point d’honneur à entretenir des relations harmonieuses avec leur environnement, humains, dieux, animaux et nature.

Pour maintenir cet équilibre, chaque jour, ils prient et font des offrandes à la fois aux dieux et aux démons. Posées par terre, ce sont les « Segehan », destinées à apaiser les démons. En hauteur, à l’entrée des bâtiments, ce sont les « Canang Sari », pour les Dieux vivants dans les montagnes, destinées à apaiser les esprits, apporter prospérité et santé à la communauté. Ici, faire une offrande est perçu comme un geste de gratitude envers la Terre et la Vie : c’est un devoir autant qu’un honneur, et un acte évident pour préserver l’harmonie.

L’opposition binaire s’applique aussi à la santé. Etre en bonne santé équivaut à avoir un corps et un esprit en harmonie. Or, cette harmonie peut être affectée par deux choses : ce qui peut être vu (sekala) et ce qui ne peut pas être vu (niskala). Le niskala réfère au stress, aux chakras bloqués, aux esprits mécontents ou à une mauvaise harmonie avec les ancêtres. Déséquilibré, le niskala peut créer toutes sortes de problèmes de santé. Cette vision repose sur la croyance en un corps énergétique qui fonctionne grâce à 7 chakras : lorsque l’un des chakras est bloqué, l’énergie ne circule plus de façon harmonieuse et le déséquilibre se manifeste au niveau physique, émotionnel ou mental.

De ce point de vue, l’hygiène « énergétique » est aussi importante que l’hygiène physique. En Occident, on appelle cette énergie « énergie vitale », en Inde « Prana » et en Chine, « Chi ». C’est une vision qui repose sur la croyance en l’existence d’un système énergétique où tout est relié à l’univers, à la nature, et fait partie d’un système global d’énergies. C’est ce que certains d’entre vous ont certainement déjà pu expérimenter avec l’accupuncture.

Un trip à la « Eat, Pray, Love » 

L’aspect philosophique de la spiritualité balinaise attire beaucoup d’individus en quête de sens, dans ce qui a été baptisé comme un trip à la « Eat, Pray, Love ». Le Best Seller d’Elisabeth Guilbert a donné naissance a un nouveau type de tourisme, entre voyage spirituel, yoga, massages, vegan food et consultation de guérisseurs… amenant à Ubud, la capitale culturelle de Bali, un tourisme de masse qui a contribué à changer en quelques années le visage de la ville.

Pour Bali Autrement, le livre serait à l’origine d’une « mode du tout spirituel » qui « inonde le marché bobo du tourisme balinais ». Slate.fr est encore plus sévère et parle de Bali comme d’une « éponge à paumés », un paradis pour les « âmes perdues » en quête de « transformation intérieure ». Pour l’ethno-sociologue français Jean Couteau, interviewé dans Bali Gazette, « tout cela repose sur l’idée qu’en Orient, les gens sont plus sages et spirituels. Cela date des années hippies avec l’introduction des cultures orientales en Occident. Une introduction faite de re-fabrications à notre sauce, avec du positivisme, de l’ethnique, du paradis sur terre, de la spiritualisation reformatée selon nos besoins, Bali répond à cela. »

Il y a sans aucun doute une part de vérité là-dedans. Mais en fait, c’est ce que ça révèle qui est important, à savoir le malaise d’individus qui ne trouvent pas dans leur système de valeur les bonnes réponses. Au-delà du cliché de l’afficionados de yoga un peu perché qui débarque à Ubud en legging à imprimé cosmique pour se faire lire les lignes de la main et découvrir le chemin de la paix intérieure (cf. ce qu’il se passe dans le bouquin), Bali attire des individus en quête de vérité et d’alternatives (tiens d’ailleurs ça me rappelle que j’ai débarqué dans un legging à motifs éléphants et mon tapis de yoga YUJ imprimé palmiers en août dernier. Bon. C’est dit).

Alors Bali : paradis des enfants perdus ou alternative progressiste ? 

A mon avis, ce phénomène cristallise les maux de la société actuelle d’un côté, mais aussi tout ce qu’elle porte en elle d’espoir en l’avenir. Comme dans les croyances balinaises, il n’y a pas que du mauvais : tout est harmonie ! Et finalement, ce malaise se transforme chez beaucoup de voyageurs en une énergie créatrice qui donne foi en une capacité globale de résilience et de réinvention. En 2016, un livre intitulé « Eat, Pray, Love made me do it » a été publié, relatant les histoires et témoignages de femmes ayant repris leur vie en main après avoir lu le livre. Emancipation, quête de soi, paix intérieure… échouer, se prendre en main et mieux recommencer : voilà le message qui a tant touché, inspiré, et qui n’a jamais été autant dans l’ère du temps. Alors oui, tous ceux qui se retrouvent ici sont un peu paumés – mais qui ne l’est pas dans une phase de remise en question ?

Au final, ce qui importe, c’est l’alternative trouvée au terme de cette quête, et qui prend la forme pour beaucoup de ces expatriés d’une vie basée sur les valeurs d’authenticité et de simplicité, dans une forme de « slow life ». Vivre avec moins, mais aussi moins d’angoisses, de solitude et de mal-être. La rencontre du monde ancien et du monde moderne. Les pieds nus, le cœur réchauffé par le soleil, les doigts qui s’agitent sur le clavier du macbook, les neurones reliées au monde économique grâce à une connexion WiFi haut débit, le plexus calmé par une petite méditation matinale dans des effluves d’encens et une session de surf dans la lumière orange du coucher du soleil. Alors on lui donne l’interprétation qu’on veut, à ce phénomène, toujours est-il qu’il n’a pas l’air de faire que du mal !

Et pour finir, quelques enseignements tirés de la vie balinaise, qui finalement, sont plutôt universels… 

  • être humble face à ce que l’on ne peut pas maîtriser
  • protéger ce qui peut l’être, dans la mesure du possible
  • prendre soin des siens
  • faire acte de bienveillance auprès des autres êtres vivants
  • accepter nos démons et nos émotions négatives car ils font partie de notre équilibre
  • être bienveillant avec les démons des autres et pardonner
  • envisager le corps et l’esprit comme faisant partie d’un tout indissociable : soigner l’un ne va pas sans soigner l’autre
  • être moins exigeant avec soi-même : faire moins, mais mieux

1 Comment

  1. Pêche & Églantine août 4, 2018

    C’est vrai que l’on entend tout et son contraire sur Bali. Pour certains c’est une île paradisiaque, où reigne le calme, l’ouverture d’esprit et la paix intérieure. Pour d’autres c’est un amas de déchets, une terre qui a perdu tout de sa grandeur et de sa spiritualité.

    Du coup cela fait du bien d’avoir l’avis de quelqu’un qui y vit au quotidien et voit les travers comme les belles choses que l’on peut y trouver.

    Des bisous,
    Pêche

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