Body & Mind // We are strong women

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’un sujet un peu personnel mais qui je pense nous concernent toutes : le corps, l’apparence physique et la féminité quand on est sportive, surfeuse, voyageuse et de façon générale femme active et indépendante. Et surtout j’aimerai avoir vos réactions et avis. Bonne lecture !

Mon corps a toujours été mon meilleur allié pour assouvir ma soif d’aventure, vivre ma passion pour les sports de glisse, encaisser mon côté épicurien et soulever des montagnes au boulot malgré le stress et la fatigue : il est solide, musclé et endurant. Mais il est aussi depuis toujours mon pire ennemi. Trop gros, trop musclé, trop changeant, sans parler du côté « garçon manqué » qui va de pair avec mon mode de vie et la culpabilité de souvent manquer de féminité : j’ai parfois l’impression d’être une entité coupée en deux, avec d’un côté ma tête et de l’autre côté un corps désobéissant à souhait avec qui j’ai toujours entretenu des rapports de type « je t’aime, moi non plus ».

Sans rentrer dans les détails de mon histoire, mon corps a toujours été un problème car son contrôle m’a toujours échappé, quoi que je mange, quelles que soient les quantités ingurgitées et l’exercice physique que je puisse faire. En période de stress, de doutes et de changements, mon corps devient naturellement plus fort comme pour m’empêcher de perdre pied. Et inversement, quand les choses se calment, que je retrouve des repères et une certaine sérénité, les kilos s’envolent avec les soucis. Mon esprit est léger, et mon corps aussi.

Depuis 8 mois, les changements se sont accumulés. Tremblements de terre émotionnels, changement de continent, changement de vie, changement de tout, avec moi seule pour diriger le bateau, encaisser les tempêtes et manœuvrer le gouvernail. Alors forcément, mon corps a choisi l’option « ancrons-nous dans le sol ». La reprise d’une activité physique régulière n’a certainement pas aidé non plus : entre surf, yoga et fitness, les muscles sont aussi plus sollicités et donc plus épais.

Côté féminité, c’est le même combat. Brushing, fer à lisser, eye liner et talons ont été relégués au placard avec mon ancienne vie. Maintenant c’est surfsuit, short déchiré, singlet noué à la taille, tongs et crème solaire bien épaisse. Les robes, c’est pas pratique sur le scooter, les talons, ça s’enfonce dans le sable, l’eye liner, ça coule et les cheveux lisses, ça tient deux minutes sous la pluie tropicale. Bref, j’ai arrêté d’être une « vraie » fille pour vivre la vie d’un mix entre Pocahontas et Jane la femme de Tarzan.

Et tout ça, c’est un peu perturbant, avec à la clé une sensation de perte contrôle généralisée et un flot incessant de prises de tête autour de quoi manger, quoi boire, comment bouger, comment m’habiller, comment arranger ces cheveux abîmés par le sel et le soleil, etc.

Mais récemment, j’ai décidé de lâcher prise. D’accepter qu’on n’est pas deux – cerveau sympa d’un côté / corps ingrat de l’autre – mais bien une seule et même entité qui réagit ensemble aux aléas et aux changements. Que si ennemi il y a, ce n’est pas mon corps mais bien moi-même dans mon ensemble et les diktats que je m’impose au quotidien.  

Mon corps, je l’aime et je crois que je ne lui ai jamais dit. Il me porte chaque jour partout où j’ai envie d’aller et me permet de vivre la vie que j’ai choisie. Il rame de toutes ses forces et se lève sur la planche de surf pour me donner l’impression de voler. Il se contorsionne sur le tapis de yoga pour me donner une sensation d’apaisement intense. Il encaisse aussi. La fatigue, l’alcool, le poids du stress, des responsabilités, des décisions et des émotions qui s’accumulent au creux du ventre. Et tout ça sans jamais presque tomber malade, se blesser, ou rechigner. Alors, qu’il soit un peu plus rond qu’avant, en ce moment, qu’est-ce que ça peut bien faire ?

Je sais que je ne suis pas la seule et il faut que l’on apprenne, toutes, à déculpabiliser, et à prendre du recul face à l’image qu’on se fait de la féminité et du corps idéal.  

C’est un exercice difficile, mais pas un combat perdu d’avance car la société évolue, avec l’apparition de plus en plus de corps différents et d’une image moins clichée de la femme dans les magazines et sur les réseaux sociaux. Pourtant, c’est encore les silhouettes filiformes qui font vendre. Si on parle de surf, ce sont les corps sveltes d’Alana Blanchard ou de Justine Mauvin qui mettent en valeur les bikinis dans les lookbooks des marques. Pas ceux de Carissa Moore, Tyler Wright, Silvana Lima ou Johanne Defay.

Pourtant, qui sont les filles qui s’imposent sur le tour avec puissance et féminité ? Ce sont elles. Et pour s’imposer, il faut s’entraîner. Alors forcément, parfois, ça se répercute sur le physique : épaules carrées, bras, cuisses fortes et musclées… Qui n’a pas entendu déjà entendu de remarques sexistes sur la plage de la part de nos chers amis les hommes au moment où nos surfeuses star se mettent à l’eau ? Et forcément, ça se répercute sur nous et ça nous fait douter.

Alors apprenons à aimer nos corps tels qu’ils sont au lieu de nous jeter avec envie sur des photos de filles auxquelles nous ne ressemblerons jamais. Apprenons à mettre en valeur nos corps de filles sportives et épicuriennes. Acceptons de ne pas rentrer dans ce maillot qui était si beau sur Alana. Acceptons de ne pas avoir la grâce de danseuse de Justine. Car nous avons nos propres qualités, et elles ne sont pas moins enviables. Soyons aussi un peu plus tendres les unes avec les autres. Arrêtons de nous comparer, de nous critiquer ou de nous envier.

Admettons que nos corps sont les reflets de nos personnalités et de nos modes de vie de filles libres qui croquent la vie à pleine dent.

Je parlais un peu plus haut des remarques sexistes des hommes qui nous touchent de plein fouet. Mais eux aussi finalement évoluent et nous aiment telles que nous sommes. Récemment, un ami m’a dit « tu sais j’étais avec une nana magnifique, mais je m’ennuyais. Elle passait trois heures dans la salle de bain, faisait attention à tout ce qu’elle mangeait et n’avait aucune conversation. Maintenant je sais que je veux tomber amoureux de ma meilleure amie, une nana qui se prend pas la tête, qui me pique mes tee-shirts, vient surfer, voyager, camper avec moi sans avoir besoin de se mettre du fond de teint sur la tronche, qui aime les petites choses de la vie, rencontrer des nouvelles personnes et partir en trip sur un coup de tête ».

Cette meilleure amie, c’est un peu nous toutes.

Des filles qui préfèrent piquer le débardeur RVCA de leur mec pour aller à la plage que de s’engoncer dans un débardeur trop moulant. Qui préfèrent aller à l’eau et se taper des marques de bronzage pourries à cause de la combi que bronzer en bikini sur la plage. Qui préfèrent passer leur soirée à manger des tacos et boire des bières avec les copains que se contenter d’une salade et d’un Perrier. Qui déglinguent leur vernis à ongle et leurs cheveux parce qu’elles préfèrent passer leur vie à l’eau plutôt que sur un transat. Qui s’en foutent d’avoir des bleus partout parce qu’elles ont chopé la vague de leur vie, même si après elles se sont tapés les pires wipeouts de l’année et ont failli s’étrangler avec leur leash. Qui acceptent que les émotions aient des impacts, positifs comme négatifs sur leur corps. Qui font avec, parce que quoi qu’il arrive, elles sont heureuses d’être là où elles sont et d’être qui elles sont.

18 Comments

  1. Mélanie janvier 8, 2018

    Les femmes et leurs rapports au corps : éternel combat. Comme c’est bon de lire ce type d’article ! MERCI !

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    • Margaux janvier 8, 2018

      Merci Mélanie, tu as raison c’est difficile mais si on se soutient alors ça va mieux <3

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  2. Tany_ouch janvier 8, 2018

    Amen Margaux… je pense être sur la voie de guérison et ceux grâce à des pensées comme les tiennes ! Juste un grand merci de partager ça avec nous

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    • Margaux janvier 8, 2018

      Le mot guérison est fort alors je me dit que tu dois traverser des moments pas simples. On est là pour se soutenir et échanger des choses vraies et pas juste de belles photos sur lesquelles on rentre le ventre et on cache les imperfections… c’est ma vision d’un réseau social et d’un partage avec une communauté =)

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  3. Lucille janvier 8, 2018

    Merci, tellement!

    Ca fait du bien de lire ca au un moment où comme tu le dis le stress, les angoisses et les mauvais moments se repercutent directement sur mon corps et du coup je suis dans ce que tu appelle la separation cerveau et corps ingrat. Alors ca fait du bien de lire et de se rappeler que des que ca ira mieux ca reviendra et je me sentirai a nouveau bien dans mon corps.
    Et surtout un grand oui a préférer vivre et profiter sans se prendre la tête ou reflechir a quoi on ressemble.

    Alors encore merci pour cet article plein de gratitude et qui fait tellement de bien :)

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    • Margaux janvier 8, 2018

      Merci pour ton commentaire je me sens moins seule =) On a beau se dire que ça va passer c’est parfois compliqué, angoissant et désespérant de perdre le contrôle, se regarder dans le miroir, se voir en photo pas comme avant… bref la tannée ! Du coup se rappeler qu’il faut être un peu bienveillant et patient et que c’est pas la fin du monde fait du bien en effet.

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  4. Pauline janvier 8, 2018

    Très bon article!! On oublie souvent aussi que parfois c’est les filles « trop maigres » qui subissent commentaires et réflexions (du genre tu es anorexie!?) et ça blesse aussi… alors oui chacun est comme il est et malgré ce que la société ne cesse de nous imposer il n’y a pas de norme.
    Le corps c’est un temple dont il faut prendre soin, c’est celui qui porte les traces de notre histoire à honorer et non à renier. Les filles, que vous soyez petites, grandes, musclées, ou maigrichonnes, vous êtes parfaites à votre façon, alors lâchez prise! Et on peut être une parfaite voyageuse mais apprécier le vernis à ongle lors d’une soirée. Plus besoin de rentrer dans une catégorie, soyez vous, libre et à l’aise!

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    • Margaux janvier 8, 2018

      Oui tu as raison c’est pareil pour tout le monde, maigres ou rondes, et d’ailleurs je pense que les gens sont même moins tendres avec les filles maigres. J’adore ta phrase sur le temple, tu as tellement raison ! (Et perso j’adore le vernis à ongle même si je le déglingue tout le temps :p)

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  5. Ludivine janvier 8, 2018

    Très très vrai! Pour moi qui pratique plutôt l’escalade et l’alpinisme ce sont effectivement mes épaules et mon dos qui m’ont longtemps posé problèmes.
    Mais je crois que le jour où on se trouve vraiment, les critiques ne nous atteignent plus

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    • Margaux janvier 8, 2018

      Oui tu as raison, les complexes ont la vie dure mais à un moment donné il faut savoir lâcher prise car on n’y peut rien et ces muscles sont tellement précieux qu’on finit par les aimer =)

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  6. Sylvie janvier 9, 2018

    Très bel article !! Avec ton écriture fine et intelligente mais aussi tellement franche et honnête, tu as certainement parlé à beaucoup d’entre nous. Tout est vrai pour le sport et pour ce que la vie t’apporte : cicatrice en souvenir d’une aventure ou d’une première fois de môme, vergetures des régimes à effets yoyo de l’adolescence, celles de la grossesse ou encore empreinte éternelle d’une césarienne. Demain, les rides et autres marques du temps qui passe. Notre corps est le répertoire, la « road map » de notre vie. Il serait plus simple de l’aimer plutôt que de le changer mais peut-être que, pour un accord parfait, il existe un juste milieu. Quoi qu’il en soit, tout est intelligemment dit dans ton article ! Bravo pour ce que tu as accompli !!

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    • Margaux janvier 9, 2018

      Merci Sylvie pour tous tes compliments et ton commentaire, tout est très vrai aussi dans ce que tu dis =) D’ailleurs tu as du avoir ton bébé depuis le temps, j’espère que tout va bien et que tu es heureuse. Je t’embrasse depuis Bali !

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  7. Laetitia janvier 9, 2018

    Merci pour cet article ! Même « combat » avec mon corps depuis le début de l’adolescence, être toujours considérée comme « la grosse » de la famille parce que je n’ai pas la même morphologie, parce que je préfère les tongs et les baskets aux talons, parce que je ne me maquille pas tous les jours, parce que je m’attache les cheveux en bun à l’arrache, parce que je préfère les fringues larges et confortables aux petits hauts serrés… Parce que je suis « différente » et pas dans le moule dans lequel la société essaie de nous enfermer.
    Alors oui j’en ai beaucoup souffert et j’en souffre encore parfois (névrose quand tu nous tient…), mais avec le temps j’ai appris à m’accepter et à vivre pour moi tout simplement pour être heureuse, et ne pas faire plaisir aux gens qui de toute façon trouveront toujours quelque chose à redire.
    MERCI à toutes les femmes qui osent être elles-mêmes malgré les pressions quotidiennes, et vive la diversité !

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    • Margaux janvier 26, 2018

      Ah oui la « grosse » de la famille, c’est hyper violent !!! Je suis choquée ! Les gens se rendent pas compte à quel point les mots peuvent être blessant et avoir un impact surtout sur un enfant ou un adolescent… tu as été super forte de rester tenace et fidèle à toi-même malgré cette pression, un grand bravo…

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  8. Perrine janvier 12, 2018

    Il y avait bien longtemps que je n y pensais plus et j avais un assez bie compris mon corps. En mode prise de kilos avec mr stress et perte de kilos avec mme serenité. Un peu comme toi. Puis il y a eu l apparition de l english boyfriend. Il mange mal. Peut etre un peut cliché mais vrai. Et j ai pris des kilos avec de la cellulite. En 2018 il faudra qu on d accorde sur la nourriture :)

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    • Margaux janvier 28, 2018

      Ah oui la malbouffe autant à 20 ans ça fait pas grand chose, autant à 30 ça commence à avoir des effets ^^ Une gestion au quotidien ^^ A toi de lui montrer que bien manger c’est aussi très très bon ;)

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  9. merrygoroundgirl janvier 18, 2018

    Un sujet tellement d’actualité tout le temps partout et tellement changeant dans nos têtes d’un jour à l’autre. Il y a ces jours où je me dis okey tout va bien je suis en phase, et ces moments ou sans savoir pourquoi, plus rien ne va, trop grosse, pas assez, trop musclée, pas assez. Et même si le chéri dit que tout va bien même les jours où ça ne va pas, c’est parfois dur quand même de se dire que c’est le cas. Mais après tout, c’est quand on lâche prise qu’on profite le plus de la vie alors finalement c’est bien le chéri qui a raison, on mourra trop grosse ou pas assez mais au moins on s’en sera fichu et on ne sera pas passée à côté de nos vies :) Et puis franchement jamais je ne pourrai arrêter la glace à l’italienne quand je vais à l’océan hehe!

    Bisous ♥
    Céline
    https://merrygoroundgirl.wordpress.com/

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    • Margaux janvier 28, 2018

      Le regard du chéri ça fait toujours du bien mais l’important c’est de se plaire à soi-même… en étant comme tu dis conscients qu’on n’a qu’une vie et que se faire plaisir c’est le plus important :)

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