Entrepreneuriat // Le défi de monter une marque de Yoga entre Bali et Paris

Quand je suis arrivée à Bali, l’avenir était une grande page blanche qu’il n’y avait plus qu’à remplir. J’avais un an de chômage devant moi, un peu d’argent de côté, une créativité frustrée depuis tant de temps qu’elle ne demandait qu’à exploser. Et je dois dire que j’ai eu envie de TOUT tester. Tout ce qui changeait de ce que j’avais fait avant, tout ce qui touchait à mes passions, tout ce que je n’avais jamais oser rêver faire avant. Et c’était terriblement excitant ! C’est là qu’a émergée l’idée de monter une marque de Yoga à deux, entre Bali et Paris. Après un an d’aventure, voici un petit récap, quelques tips pour celles qui aimeraient se lancer, et puis surtout le bilan d’un joli projet passion.

Comment est venue l’idée de Salty Sunset ? 

En septembre, je suis passée par Ubud (la ville spirituelle de Bali) avec des copains et je me suis achetée un legging bleu un peu style tie & dye dans une petite boutique qui ne payait pas de mine. Et puis je ne l’ai plus lâché. Pour le yoga, c’était nickel – pas comme mes autres leggings Nike qui pour faire du Vinyasa Flow à Paris m’allaient bien mais dans lesquels je n’étais pas aussi à l’aise sous les tropiques. Et puis en fait, j’ai commencé à le mettre pour prendre l’avion, et puis pour traîner et puis pour dormir (si je pouvais passer ma vie en legging je vous jure que je le ferai) ! Et je me suis dis « non seulement il est top, on est trop bien dedans, mais en plus il est original et on peut le décliner à l’infini en termes de coloris et de prints ». Le projet s’est structuré petit-à-petit dans ma tête jusqu’à ce que l’idée de m’associer avec Alix Alléguède, ma prof de yoga à Paris et amie, s’impose comme une évidence. Monter un truc tout seul, ça fait toujours un peu peur, et puis il faut aussi savoir admettre qu’unir ses forces, non seulement c’est motivant parce qu’on partage, mais aussi parce qu’on a de plus de chances d’y arriver.

Comment ça s’est concrétisé ? 

Alix a tout de suite été emballée par le projet et là, c’était parti ! Quand on monte une marque, le coeur du business c’est bien évidemment le modèle économique avec l’anticipation de la somme à investir, la marge, le prix de vente, les frais de fonctionnement (taxe URSSAF, impôts, frais de port, frais d’hébergement du site Internet, frais de photographe pour le Lookbook, frais de cadeaux influenceurs, frais de packaging et si vous voyez grand, frais de transport et frais de douane). Evidemment, nous, on n’avait pas forcément tout anticipé mais enfin au final on s’en est pas trop mal sorties. On a donc chacune investi la même somme dans l’achat des produits, et puis nous nous sommes réparties les tâches à accomplir.

Comment on s’est réparti les tâches ? 

Tout s’est fait naturellement en fonction des compétences et du lieu de vie de chacune.

Pour moi, il s’agissait de gérer la partie « Bali » et la communication (mon métier) : négociation avec le fournisseur, signature du bon de commande, paiement, réception de la marchandise, recherche du photographe et des 5 ambassadrices pour le shooting, organisation et pilotage du shooting, création du logo, du site web marchand sur Big Cartel, du compte Instagram, alimentation quotidienne du compte pendant les six mois de collection, et transport des produits de Bali à Paris.

Pour Alix, il s’agissait de gérer la suite, la partie « Paris » et vente en lien avec son métier de professeur de yoga : récupération de la marchandise, tenue du compte des stocks, transport des tenues en cours pour des essayages et ventes en direct, envoi des produits commandés par le site Internet par La Poste, tenue des comptes des frais de port, organisation de l’évènement de lancement, création de collaborations avec des studios de yoga et puis promotion quasi-permanente de la marque en en étant l’ambassadrice vedette !

Quels sont les pré-requis avant de se lancer ? 

♡ Avoir une idée passion : si le projet ne vous prend pas aux tripes, ça ne sert à rien car ce sera surtout un projet « plaisir » !

Mesurer ses ambitions : pour Alix et moi, le projet n’avait pas vocation à devenir un gagne-pain. C’était avant tout une aventure à deux autour de passions communes, dans laquelle nous n’avons pas investi des sommes folles et qui est resté à très petite échelle.

Se renseigner avant : ne pas hésiter à demander des conseils à des personnes qui se sont déjà lancées dans l’aventure. Rien ne vaut l’expérience pour éviter des mésaventures désagréables.

Bien sourcer son fournisseur : savoir ce qu’on achète, par qui les produits sont fabriqués, quelles sont les techniques, quel est l’impact sur l’environnement… c’est important, et ça prend du temps au démarrage.

Bien négocier les prix : je me rappelle encore de la négo, assise par terre au milieu des cartons avec le fabriquant, à compter les quantités, comparer les prints et batailler sur les prix. J’en profite pour dire n grand merci à Julia de Tales & Tide qui m’a bien aidée.

Bien se renseigner sur l’administratif et les frais : transporter des biens d’un continent à l’autre, ce n’est pas anodin. Il faut bien anticiper les frais, les taxes et autres formalités administratives car faire les choses en sous-marin peut vraiment finir en catastrophe financière. Côté taxe, j’ai déclaré l’activité sous mon statut de micro-entrepreneur qui donne la possibilité d’avoir une activité mixte sous réserve de ne pas dépasser un certain chiffre d’affaires (infos ici).

Bien communiquer avec son associé : la communication et la complémentarité sont les clés de succès de toute entreprise en duo ! Avec Alix, ça s’est bien passé malgré la distance et le décalage horaire. Je pense qu’on aurait malgré tout aimé partager davantage à deux – et certainement fait plus de choses – plutôt que de se refiler le bébé en cours de route mais enfin on n’a pas tellement eu le choix.

♡ Bien tenir les comptes : savoir où on en est sur les stocks et les frais, c’est important pour savoir quand on se rembourse et qu’on commence à faire du bénéfice. Alix nous a créé un fichier Excel en ligne pour que l’on puisse chacune ajouter nos frais, etc.

Quels retours sur cette première collection ? 

On s’est lancées tête baissée dans l’aventure, persuadées que nos goûts allaient matcher avec ceux des parisiennes. Parce qu’on se sent bien en leggings, parce qu’on aime le tie & dye, parce qu’on aime faire du yoga en couleurs, surfer, voyager, se réclamer d’un lifestyle un peu bohème et tropical et puis qu’à Bali, en Australie, en Californie, les filles adorent ce genre de prints.

La collection a été hyper bien accueillie avec des retours qui matchaient vraiment avec notre idée de départ : des pièces originales, jolies, défendues par des filles « normales », sportives, gourmandes, avec des formes, qui vivent au quotidien à Bali une vie d’aventure et de passion.

Les ventes ont bien débuté. Et puis, on a fait malgré tout face à des blocages : « les filles ont du mal à porter des couleurs trop flashy à Paris » ou «  les filles ont peur d’avoir l’air grosses dans ces prints à rayure ». Beaucoup de choses liées à ces diktats de l’apparence qui, c’est vrai, pèsent un peu lourd à Paris. Dommage mais compréhensible : ça ne sert à rien de porter quelque chose dans lequel on ne se sentira pas bien.

Problème sur les tailles aussi : on n’avait pas pu faire de taille L et certaines filles se sont bloquées alors qu’à l’essayage, le M leur allait toujours. Même combat pour le XS. Mais encore une fois, l’investissement de départ n’ayant pu être trop conséquent, on a dû trancher sur du S et du M, pour faire un premier test ! Et le problème avec l’e-commerce, c’est qu’on ne peut pas toujours essayer, alors on préfère ne pas faire plutôt que d’être déçu.

Le conseil qu’on nous a donné pour la suite, c’est de faire une deuxième collection toujours dans le même esprit, mais plus sobre en termes de prints et de coloris. Alors on ne s’est pas encore penchées sur la question mais c’est dans la to do list !

Quoi qu’il en soit, cette aventure est un succès à la fois sur le plan de l’expérience, du plaisir et financier. Ca demande un peu de temps et d’énergie mais ça vaut vraiment le coup. Alors si c’est quelque chose qui vous tente, n’hésitez pas à vous lancer ! 

2 Comments

  1. Perrine octobre 17, 2018

    OOooh super ce billet! C’est très instructif! Moi je réfléchi beaucoup… Peut être un peu trop même… A ce que je veux faire en ce moment… Mais si jamais tu as envie sache que Vancouver accueillerait ta collection à bras ouverts. Ici le yoga est très pratiqué. D’ailleurs c’est là que j’ai commencé et tes couleurs feraient du bien face à des marques sobres ou marquée sport.

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    • Margaux octobre 26, 2018

      Coucou Perrine, c’est bon à savoir, merci =) Oui on va réfléchir à étendre un peu la zone de chalandise mais c’est jamais évident avec les frais de port et tout ! Va falloir qu’on se penche sur la question sérieusement. Si jamais tu as besoin d’avis ou quoi n’hésite pas à m’envoyer un message hein ;) C’est jamais facile de se décider, parfois il faut juste se lancer et avancer en mode « test & learn » : c’est la meilleure façon de progresser et d’aller vers ce qu’on aime !

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